Compte-rendu du colloque du Syndeac: « Des inégalités spectaculaires »

Colloque du SYNDEAC – 23 janvier 2023

« Des inégalités spectaculaires »

(Cité internationale des arts, 15h – 19h)

Programme détaillé ici.

Compte-rendu du cercle de réflexion et de travail « Culture & universalisme ». Nota:

  • Les propos rapportés sont verbatim.
  • Tous les propos ne sont pas rapportés, mais ceux qui le sont n’ont pas été contestés (sauf si cela est mentionné).
  • Ce compte-rendu n’est pas analytique : il se veut factuel. Nous ne commentons pas.
  • Nous ne retranscrivons presque pas de questions du public présent tout simplement car il n’y a quasiment eu aucun temps pour le débat et les questions.
  • Remarque : il n’y avait pas ou très peu de « diversité » (au sens restrictif des intervenants) dans l’auditoire. Plusieurs intervenants l’on relevé.
  • Ce verbatim est fidèle au déroulement et à l’esprit des échanges qui se sont tenus.

Membres de C&U présents de 15h à 19h: I. Barbéris, A. Flammer, B. Picon-Vallin.

Nicolas Dubourg, président du SYNDEAC introduit la séance.

Il fait état de « discriminations multifactorielles » qui « s’agrègent » dans le spectacle vivant et qui « ne concernent pas que les femmes mais aussi par exemple les racisés ». Il présente le panel d’intervenants : « 12 femmes et 3 hommes en ce qui concerne la parité », et « 3 personnes pouvant être perçues comme non-blanches », ce dont il est désolé (« ce n’est pas faute d’y avoir travaillé ») : « je ne dis pas que nous avons des excuses à présenter mais nous voyons que le sujet lui-même va avoir du mal à atteindre ses objectifs ».

« Le Syndeac a déjà organisé des formations sur les VSS pour agréger des personnes ».

Constance Rivière, co-rédactrice du rapport sur la diversité à l’Opéra, directrice du Musée de l’immigration à la Porte Dorée.

« Il faut commencer par poser des chiffres et des lignes de conduites », fait référence au rapport sur la diversité à l’Opéra. Annonce qu’elle va particulièrement parler de la question de la diversité des origines, « car c’est là qu’on est le plus en retard ».

Propose de « passer du terme égalité au terme diversité » car « selon les sociologues, le terme égalité ne suffirait pas à appréhender l’ inégalité liée aux origines ; or, la diversité renvoie à la discrimination liée à l’origine ».

Le spectacle vivant doit « lutter contre tous les biais discriminatoires » et il y a « « 25 critères de discrimination dans le droit : sur l’origine, sur l’apparence physique, la chevelure peut être discriminante, le lieu de résidence peut être discriminant ».

La discrimination peut être directe, mais aussi indirecte, elle peut se faire par l’établissement de règles en apparence neutres : par exemple une règle qui défavorise le temps partiel est discriminant pour les femmes. »

« Les discriminations, c’est un continuum, qui s’inscrivent dans un ensemble de préjugés et de stéréotypes ».

« On n’est pas sur des actes sans conséquences pour la vie des personnes concernées et il n’y a aucun recours pour les personnes discriminés ». « Seulement 3% des personnes ayant ressenti une discrimination font un recours ».

Constance Rivière renvoie aux enquêtes TeO (Trajectoires et origines) comme étant les grandes références, le cadre. 

« La discrimination est naturelle dans le spectacle vivant : il faut s’interroger même si c’est extrêmement blessant sur nos mécanismes reproductifs. »

« Nous discriminons tous les jours à l’insu de notre plein gré comme nous faisons de la prose : la tendance est de recruter quelqu’un qui nous ressemble. Il faut nous pousser à aller chercher de l’autre, sinon le monde se reproduit. Mettre en place des outils pour faire bouger les choses ».

Deux obstacles selon elle :

  • « L’histoire : on ne peut pas mettre de côté le fait que nos pratiques renvoient à un sentiment de supériorité du théâtre occidental, je ne fais pas un reproche au répertoire, mais il y a un sentiment de supériorité ».
  • « Le blackface et le yellowface : comme on l’a défendu dans notre rapport avec Pap Ndiaye, on ne peut pas assimiler une couleur de peau à un déguisement : il faut qu’on aille vers une forme de vraisemblance pour régler ce problème. »

« Quels types de réponses ? » demande Constance Rivière

1/ « la nécessité de mesurer » à même quand on est très engagé, il faut mesurer. L’interdiction des statistiques ethniques en France est très dépassée »

« La seule question c’est de savoir l’échelle à laquelle on le fait : à l’unité près, c’est très compliqué, il faut le faire au niveau général »

2/ « Y penser toujours et vouloir le faire : ce n’est pas une étape si facile, je crois beaucoup au rôle de l’écosystème en général et ça doit être partout dans les équipes, dans les conseils d’administration, dans le mécénat… »

3/ « être proactif »

Constance Rivière pose ensuite des questions à l’auditoire :

1/ « Est-ce qu’ intégrer ainsi la diversité reviendrait à contraindre la liberté de création, l’excellence, à l’universalité, est-ce que ce ne sont pas des idées reçues ? »

2/ « Est-ce que le blanc c’est le neutre ? »

3/ « Les statistiques sont interdites, donc on n’y arrivera jamais ? »

Première table-ronde animée par Aline César, avec Elise Vigier, Chloé Moglia, Sylvie Chalaye

Aline César fait état de la « sous-représentation des minorités de genre, des artistes non-blancs, des femmes ». « Nous allons tous parler d’un point de vue situé, mais aussi parler d’un point de vue concerné ».

Sylvie Chalaye est interrogée sur les « racisés » et leur présence : Sylvie Chalaye note que parmi l’assemblée, la diversité n’est pas présente : pas de « pluralité chromatique ».

Regrette qu’on ne se souvienne pas que Marius Petipa est haïtien, « c’est lié à notre histoire coloniale et ses imaginaires » : « on nous a inoculé l’image coloniale », « on garde cela de manière inconsciente », « ce surplomb qui est toujours présent », « ce mot de diversité est très surplombant », cite Jean-Marie Serreau qui a été « invisibilisé »

Parole à Elise Vigier : « il faut quand même des quotas mais » (références à son travail).

Question d’Aline César à Chloé Moglia : « est ce que votre travail relève d’un female gaze ? ». Moglia incite à s’ouvrir, à lire autant Proust « même si c’est un homme blanc que Françoise Vergès ». Parle de son approche artistique de la diversité et du rapport à l’autre.

Question dans le public en contradiction avec le panel : « n’y a-t-il pas un  risque de dénier à l’autre une prétention à l’universel ? » Sylvie Chalaye, et les autres participants de la table ronde, entièrement d’accord avec cette remarque; remercie l’auditeur qui a pris la parole.

Agnès Saal : incite à des « pressions envers l’Etat » pour améliorer la situation.

Deuxième table ronde animée par Anne Monfort avec Bérénice Hamidi (professeur en études théâtrales sociologue du spectacle », Gaëlle Bourges (chorégraphe), Maïté Rivière (directrice du Quartz)

Hamidi : « Le talent fait écran aux discriminations. Le sexisme est aussi, et il faut le dire, un racisme. »

Gaelle Bourges est  d’accord: « On nous renvoie trop au talent. » « Il faut se rééduquer, cette histoire de talent est obsolète ».

Anne Monfort interroge les intervenantes de la table-ronde sur «  leurs inquiétude sur des injonctions qui seraient en train d’aller trop loin ».

Maitié Rivière : « il y aurait des formes acceptables, d’autres moins », cite Fraternité de Caroline G. Nguyen, spectacle qu’elle a trouvé contrairement à d’autres critiques formidable : « il faut questionner nos biais de programmation et pas uniquement les formes ». « Je baigne dans un environnement patriarcal et je peux avoir des biais ». Explique sa démarche inclusive et participative au Quartz.

Hamidi : « on nous dit que le politiquement correct viendrait brider l’imaginaire, mais non, ça vient les libérer. Il faut s’ouvrir à de nouveaux scénarios : questionner l’impensé réactionnaire de ces arguments. » Elle cite une critique « réactionnaire » de Télérama (pas nommée, imprécis). « La question de l’écriture inclusive s’attaque aussi aux formes car la question de la grammaire c’est vraiment la question de la forme officielle; la question du blackface c’est vraiment une question esthétique, de forme. Quelle est la place- forte que l’on entend garder dans une période de crise ? » Elle évoque l’affaire des Suppliantes et de Kanata pour défendre les attaques : « ce n’est pas de la censure, la censure vient seulement de l’Etat. Et il faut arrêter avec le mot diversité, d’ailleurs notre assemblée n’est pas si diverse que cela, il faut aussi arrêter avec la catégorie d’altérité, pour inclure. Ceux qui attaquaient Les Suppliantes et bien ils exprimaient justement l’état de droit et la liberté d’expression! Le nous, c’est celui des hommes cis blancs, c’est un nous qui prétend parler au nom de l’universalisme, mais sous condition. La liberté de création ça ne veut rien dire, ça ne concerne qu’une catégorie de la population. D’ailleurs la loi de 2016 évoque aussi les droits culturels qui justement décentrent tout ça et parlent de l’expérience esthétique, et pas des œuvres. »

M. Rivière : « Il ne faut jamais lâcher le comptage »

Gaëlle Bourges : « Si le public ne vient pas, c’est que le public n’est pas assez préparé ».

Hamidi : « Il faut cesser de produire des discriminations avec de l’argent public. » Appel à « lutter contre la barbarie » et à s’emparer du pouvoir.

Nicolas Dubourg prend la parole en contestation des propos de Bérénice Hamidi pour rappeler que la liberté de création et la liberté d’expression sont deux plans distincts, et que la mission du SYNDEAC reste de défendre la création. Bérénice Hamidi défend son point de vue en arguant du fait que les représentations artistiques incitent à une reproduction dans la vraie vie et qu’il faut « les interroger ». Elle n’est pas d’accord avec Nicolas Dubourg, selon elle la notion de liberté de création est relative, car elle est partie d’Exhibit B et de ce qu’elle appelle « l’affaire des caricatures » (l’attentat contre Charlie Hebdo ?).

Troisième table-ronde animée par Edouard Chapot, avec Gabriel Segré (sociologue), Valérie Suner (directrice du Théâtre de la Poudrerie) et Marine Bachelot-Nguyen (autrice et metteuse en scène »

Gabriel Segré résume ses enquêtes qui montrent un manque d’accessibilité du théâtre public pour les classes moyennes et populaires.

Valérie Suner décrit ses expériences participatives à Sevran.

Marine Bachelot Nguyen : Parle de ses projets artistiques. «  Il y a d’abord l’enjeu démographique, dans l’enquête TeO on voit qu’il y a 30% de la population qui est non-blanche » (ndr : l’enquête parle de 30% de la population issue de l’immigration à deux générations). « Pour cela nous avons besoin des injonctions de l’Etat. On a besoin de chiffres sur la question de la diversité ethnoraciale, ça a déjà été validé. » Elle cite en exemple son « travail politique et ses spectacles qui interrogent avec complexité la laïcité, l’universalisme, le voile, l’islamophobie ».

Conclusion de George Pau-Langevin :

« L’accès à la culture doit être garanti à tous les habitants notamment ceux qui sont absents notamment du théâtre et de l’opéra, ça nous concerne tous. J’ai bien entendu la personne qui n’est pas d’accord avec le terme ‘diversité’, mais nous avons une grande difficulté à aborder les sujets qui fâchent, à nommer les sujets qui fâchent, notamment ce qui concerne la discrimination ethnoraciale dans la culture. Et je pense qu’avec le mot ‘diversité’, on comprend bien de quoi on parle. Moi par exemple on disait que j’étais une « députée issue de l’immigration », mais je ne suis pas issue de l’immigration…  Le mot « diversité » nous aide bien, et je suis d’accord avec toutes les constatations  que vous faites. Je regrette q’Agnès Saal soit partie, car j’avais des exemples ».

« Pensons à l’exemple du Metropolitan opera, quand on regarde la programmation il y a des gens de toutes les couleurs et personne le prend mal, et c’est très bien pour les personnes ‘racisés’ –  je me mets au goût du jour actuel ».

« On peut arriver à travers cela à l’universel », « trop souvent les gens qui viennent de la périphérie, on considère que le public ne peut pas comprendre. Un petit groupe n’a pas l’exclusivité de l’humanité, et à partir du moment où on y croit, on peut progresser. »

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