Coraly Zahonero dans Signes des temps du 4 décembre 2022

L’émission de Marc Weitzman revient cette semaine sur la polémique autour des Amandiers réalisé par Valeria Bruni-Tedeschi, pour prendre de la hauteur: conflit générationnel, confusion entre morale et moralisme, fiction et documentaire.

Avec Marc Citti, Michel Guerrin et Coraly Zahonero.

Le monde de la culture s’engage aux côtés de la jeunesse iranienne

Tribune publiée le 18 novembre 2022 dans Le Monde, initiée par le festival Nouvelles images persanes, coordonnée par Nouvelles images persanes et Culture & universalisme:

Depuis la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans arrêtée par la police des mœurs, le 13 septembre 2022, un mouvement de révolte secoue la société iranienne et conteste le régime de la République islamique d’Iran, son contrôle de la société par la censure et la violence, son oppression des femmes permise par les lois discriminatoires.

A l’unisson d’un peuple avide de se libérer du joug des mollahs, les cinéastes, les artistes et plus largement les femmes et les hommes de culture en Iran subissent intimidations, censures, arrestations et emprisonnements arbitraires. Le cinéaste Mohammad Rasoulof, dont le film Le diable n’existe pas était projeté en avant-première à Vitré en juin 2021, a été arrêté, le 8 juillet 2022, en même temps que son collègue Mostafa Aleahmad.

Venu s’informer sur leur situation, le réalisateur Jafar Panahi a, à son tour, été incarcéré dans la terrible prison d’Evin, théâtre d’affrontements et d’émeutes meurtrières, ce 15 octobre. L’universitaire Fariba Adelkhah, autrice du poème Le Silence, écrit en détention, lu à la Maison des cultures du monde en novembre 2021, a été arrêtée en juin 2019.

Une opposition des femmes depuis 1979

Certains films montrés au festival Nouvelles Images persanes à Vitré ont été réalisés par des cinéastes aujourd’hui arrêtés ou dans l’impossibilité de tourner de nouveau en Iran. Nourri de poésie et animé d’un constant esprit de résistance, le cinéma iranien, espace d’expression et de contre-pouvoir, est menacé par la répression d’un régime théocratique s’attaquant à toutes les sphères de la société. Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Iran, les cinéastes Jafar Panahi, Mohammad Rasoulof et Mostafa Al-Ahmad de nouveau emprisonnés

La projection récente de Persepolis lors de la saison La Perse fait son automne à Vitré résonne avec cette brûlante actualité. Marjane Satrapi, exilée, nous rappelle que le combat des femmes iraniennes d’aujourd’hui s’inscrit dans une longue lutte amorcée aux lendemains de la révolution islamique. Lire aussi : Article réservé à nos abonnés « L’Echiquier du vent » : une œuvre ressuscitée du cinéma iranien

Dès mars 1979, la première grande manifestation en Iran après la révolution de février fut la marche des femmes contre le port obligatoire du voile. Bien des soulèvements suivirent, comme autant de symptômes d’une société éprise de modernité et de liberté : notamment en 1999 (les manifestations étudiantes contre la fermeture du journal réformateur Salam), en 2009 (le « mouvement vert » contre la réélection contestée du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad), en 2017-2018 (contre la vie chère), en 2019 (contre la hausse des prix du carburant).

Libérer le peuple iranien du joug d’un régime aux abois

Contestée par la jeunesse et notamment les jeunes femmes réunies sous le slogan « Femme, vie, liberté », la République islamique d’Iran se révèle, en ces jours sombres, un régime autoritaire extrêmement barbare soucieux de conserver avec une sanglante brutalité le contrôle de la jeunesse, de la population, de l’Etat et de l’économie. Cette révolte des jeunes iraniennes traduit une aspiration à un changement de régime. Archive : Article réservé à nos abonnés Le cinéaste iranien Mohammad Rasoulof : « Je suis boycotté »

En créant, en 2019, le festival Nouvelles Images d’Iran (devenu Nouvelles Images persanes, en 2021) grâce au soutien de nombreuses instances nationales, régionales, départementales et locales, le temps était déjà venu de tendre la main au peuple et aux créateurs qui faisaient montre de courage et d’un esprit de résistance – désormais au grand jour de l’actualité mondiale.

Signataires

Rachid Akbal, metteur en scène, acteur, directeur
artistique du festival Rumeurs urbaines
Alliance des femmes pour la démocratie
Dorothy Aubert, éditrice
Samuel Aubin, auteur
Yavuz Aykan, Historien, université Paris 1
Yaël Bacry, metteuse en scène
Jean-Christophe Bailly, écrivain
Calypso Baquet, actrice, photographe
Isabelle Barbéris, universitaire
Patricia Bardon, cinéaste
Erwan Baslé, maçon
Fabrice Bassemon, directeur artistique du Festival Travelling de Rennes
Philippe Beck, poète, maître de conférences en philosophie
Abraham Bengio, président de la commission Culture de la LICRA
Thomas Berthe, adjoint au maire de Guingamp en charge de la culture
Stéphane Bigot, professeur
Olivier Bitoun, directeur de Cinéphare
Charles Berling, acteur
François-Simon Biton, coordinateur de CinéMA35
Sylvina Boissonnas, architecte
Marie-Christine Bonneau, cadre de l’Education nationale
Joëlle Bordet, Chercheuse psychosociologue, membre du jury international du
Festival Nouvelles Images Persanes 2021
Aldric Bostffocher, directeur de cinéma
Anne-Sophie Boulan, attachée de presse
Perrine Boutin, maître de conférences, université Sorbonne Nouvelle
Odile Bouvet, présidente du comité de jumelage de Vitré
Nathalie de Broc, écrivaine
Béatrice Bruneau, professeure
Frédérique Caldy, professeure
Laurent Cambon, président de l’association des rédacteurs culturels (A Voir à
lire)
Fannie Campagna, coordinatrice de Zoom Bretagne – Cinephare.
Belinda Cannone, écrivain
John Carroll, scénographe, éclairagiste
Patrice Caurier, metteur en scène
Olivier Charneux, écrivain
Laurent Chollet, écrivain, réalisateur
Mickaël Christien, administrateur de Clair Obscur
David Christoffel, auteur sonore
Catherine Clément, philosophe
Thomas Clerc, écrivain
Caroline Cogné, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Michèle Collery, documentariste
Costa-Gavras, cinéaste
Serge Coste, psychanalyste, enseignant
Gérard Crespo, rédacteur cinéma à A Voir à lire
Jean-Louis Cros, cinéaste
Culture et universalisme, groupe d’artistes et d’acteurs culturels défendant la
liberté artistique
Forough Dadkhah, vice-présidente à la Région Bretagne
Leyla Dakhli, historienne
Hannah Darabi, photographe
Olivier Dhénin Hữu, metteur en scène

Simon Delattre, directeur de la Nef – Pantin, metteur en
scène
Myriam Desvergnes, citoyenne, critique sur A Voir à lire
Clément Devaux, illustrateur BD
Agnès Devictor, universitaire, présidente du jury international du Festival
Nouvelles Images Persanes de Vitré
Javad Djavahery, romancier
Michel Didier, membre du jury international du Festival Nouvelles Images
Persanes 2021
Eric Doinel, administrateur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Jean-Philippe Domecq, écrivain
Bastien Dubois, réalisateur de films d’animation
Jean-Pascal Dubosc, sapeur-pompieur professionnel
Frédéric Durieux, Compositeur & Professeur au Conservatoire de Paris
Jean-Max Dussert, clarinettiste
Editions des Femmes – Antoinette Fouque
Gwenvaël Engel, photographe
Philippe Falusi, enseignant et musicien libre
Sepideh Farsi, cinéaste
Jeanne Favret-Saada, anthropologue
Ami Flammer, violoniste, professeur au Conservatoire national Supérieur de
Musique et de Danse de Paris
Hélène Fleckinger, historienne du cinéma
Patrick Fretel, président du cinéma Arvor de Rennes
François Frimat, professeur de philosophie, président fondateur du festival
Latitudes contemporaines
Jean-Michel Frodon, critique de cinéma
Jérémy Gallet, rédacteur en chef “Culture +” sur A Voir à lire
Christophe Garnier, directeur du cinéma Le Club à Fougères
Laurent Garreau, fondateur du Festival Nouvelles Images Persanes
Michèle Gautard, écrivain
Fred Gélard, Directeur de Trégor Cinéma
Aline Girard, conservatrice générale des bibliothèques
Véronique Godec, Secrétaire de Clair Obscur
Marc Goldschmidt, philosophe
Stéphane Goudet, directeur artistique du Melies de Montreuil, maître de
conférences, Université Paris 1
Florent Gouëlou, réalisateur, acteur
Gérald Grunberg, ancien DRAC, VP du comité français du programme de l’UNESCO
Mémoire du monde
Antoine Guillot, auteur, metteur en scène
Anne-Marie Guinard, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Baptiste Guiton, réalisateur de fictions sonores et metteur en scène
Nedim Gürsel, écrivain
Catherine Guyot, journaliste, du MLF-Psychanalyse et Politique

Marc Hajjar, chef d’orchestre
Michel Hafiz, scénariste et administrateur de Garromedia
Boris Henry, docteur en Lettres et Arts, formateur d’enseignants
Noël Herpe, écrivain et cinéaste
Xavier Herveau, directeur du cinéma Les Korrigans
Christine Heude, administratrice de Vitré : Images d’Iran, cultures
persanes
Léopoldine HH, artiste de musique
Bernard Hommerie, éditeur
Collectif Iskra (Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles)
Christian Ivaldi, pianiste
Yveline Jacob, professeure
Chérif Kashanadar, poète et président de la Maison des Cultures du Monde
Pascal Keiser, commissaire Général, Bourges Centre Val de Loire, Capitale
européenne de la Culture 2028
Hormuz Kéy, écrivain et cinéaste
Guy Konopnicki, écrivain et journaliste
Pascal Laborderie, universitaire

Dominique Lahary, bibliothécaire
Emmanuel Laot, professeur agrégé en histoire géographie
Yann Lagain, trésorier adjoint de Clair Obscur
Sonia Lamarche Fraleux, bénévole cinéma associatif Le Stella, Janzé (35)
Jack Lang, président de l’Institut du Monde Arabe, ancien Ministre de la
Culture
Stéphane Latruffe, président du club de judo de Guingamp
Camille Laurens, écrivaine
Valérie Lavoix, universitaire
Soazig Le Bail, présidente de Clair Obscur
Jean-Michel Le Boulanger, président d’Étonnants voyageurs à Saint-Malo
Yves Lecompte, président de Vitré : Images d’Iran, cultures persanes
Dominique Lecompte-Gérard, administratrice de Vitré : Images d’Iran,
cultures persanes
Moshe Leiser, metteur en scène
Yvon Le Men, poète prix Goncourt 2019
Armelle Le Nabasque, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Christine Le Nabour, députée de la 5è circonscription d’Ille-et-Vilaine (Vitré)
Eloïse Le Priol, chargée d’administratif et de développement au Trégor Cinéma
Sylvie Le Quéau, secrétaire de Vitré : Images d’Iran, cultures persanes
Sylvie Le Quéré, artiste-chorégraphe
Annick Le Rol, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Riton Liebman, comédien, auteur, réalisateur
Hervé Lelardoux, metteur en scène
Christine Leriche, attachée de presse
Riton Liebman, comédien, auteur, réalisateur
Kevin Lognoné, auteur du livre blanc « Kish : nouveau tigre du
Moyen-Orient ? »
Christophe Loizillon, cinéaste
Pierre Lory, ancien directeur des services généraux de Vitré Communauté
Vincent Lowy, Directeur de l’ENS Louis-Lumière
Maryam Madjidi, écrivain
Vajiollah Mahabadi, administrateur de Garromedia, consultant
Denez Marchand, Vice-président en charge de la culture et de la promotion des
langues de Bretagne au Conseil départemental d’Ille et Vilaine
Claudio Marchi, critique de cinéma pour A Voir à lire
Anna Marcuzzi, Conservateur en chef des bibliothèques
Philippe et Françoise Marseille, Enseignants en retraite
François Marthouret, acteur, metteur en scène, réalisateur
Jean-Louis Martinelli, metteur en scène
Jean-Yves Masson, professeur de littérature, écrivain, éditeur
Pierre Méhaignerie, ancien Maire de Vitré, Président d’honneur de Vitré :
Images d’Iran, cultures persanes
Christine Menzaghi, militante de l’éducation populaire
Marie-Madeleine Mervant-Roux, directrice de recherche émérite, CNRS
Daniel Mesguich, acteur, metteur en scène, professeur de théâtre
Stéphane Mevel, trésorier de Clair Obscur
Rozenn Milin, historienne et journaliste
MLF – Psychanalyse et politique
Florian Moine, rédacteur en chef BD sur A Voir à lire
Jean-Marc Mojica, avocat
Marlene Moquet, professeure
Tabatha Morin, ingénieure pédagogique
Laetitia Morvan, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Déborah Münzer, VP Culture, département Val-de-Marne
Catherine Nancey, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
David Neau, auteur et dessinateur
Franck Neveu, professeur à Sorbonne université
Elisabeth Nicoli, avocate, Co-Présidente de l’Alliance des femmes pour la
Démocratie
Sophie Nordman, philosophe
Xavier North, inspecteur général honoraire des Affaires culturelles
Alma Oskouei, artiste plasticienne
Jamila Ouzahir, directrice artistique de festivals, attachée de presse
Éva Peña, administratrice de Clair Obscur
Nicolas Perrigault, graphiste
Christophe Perton, metteur en scène
Nicolas Philibert, cinéaste
Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherche émérite, CNRS
Mathilde Pillot, professeur des écoles
Mazarine Pingeot, écrivaine
Nicole Pirou, bénévole cinéma associatif Le Stella, Janzé (35)
Giusy Pisano, universitaire, ENS Louis-Lumière
Alain Policar, politologue
Katalin Pór, historienne du cinéma
Mathieu Potte-Bonneville, directeur du département culture et création, Centre
Pompidou
Stéphanie Pourquier, enseignant chercheur au CNAM
Bamchade Pourvali, enseignant, auteur
Solange Reboul, codirectrice du centre d’art Gwinzegal
Robin Renucci, acteur
Bruno Ricard, professeur à l’école de la nature et des paysages de Blois
Sylvie Robert, sénatrice d’Ille et Vilaine
Rodolphe Rohart, administrateur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Gilles Roland, Président Fondateur Active’Invest
Aurélie Rousseau, directrice générale de TV Rennes
Blaise Royer, Secrétaire général de Garromedia
Marie Rozé, administratrice de Vitré : Images d’Iran, cultures persanes
Christian Ryo, directeur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Sepas Sadrenoori, compositeur et pianiste
Jean-Pierre Sakoun, éditeur numérique
Yves Sintomer, Professeur de science politique à l’Université de Paris 8,
chercheur associé au Nuffield College, Oxford
Thierry Salvert, administrateur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Jean-Louis Sanchez, délégué général de l’ODAS
Manuel Sanchez, président des Rimbaud du cinéma
Marjane Satrapi, auteur et cinéaste
Sébastien Sauvêtre, graphiste
Stephan Shayevitz, artiste plasticien
Benjamin Sire, compositeur et journaliste
Vincent Soccodato, consultant
Alexandre Sorel, pianiste
Valérie Soria, professeur de philosophie
Jérôme Sother, Co-directeur du Centre d’art GwinZegal, Guingamp
Jérôme Soubeyrand, acteur-scénariste-réalisateur
Allan Stivell, auteur-compositeur musicien
Yann-Kael Tanniou, administrateur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Mehran Tamadon, cinéaste
Véronique Taquin, écrivain
Cédric Taurisson, directeur de la Maison des Cultures du Monde
Yvan Tellier, membre du Conseil d’Administration des Amitiés Kurdes de Bretagne
Hubert Thieurmel, administrateur du Festival de Cinéma de Douarnenez
Ludovic Thoraval, programmateur de l’association Melrose / la Grande Ourse
Patricia Travers, administratrice de Vitré : Images d’Iran, cultures
persanes
Gilberte Tsaï, metteure en scène
Nasim Vahabi, écrivaine
Jean-Claude Van Dam, ancien Directeur Régional des Affaires Culturelles du
Centre
Joële Van Efenterre, administratrice du Festival de Cinéma de Douarnenez
Philippe Verbert, Président d’honneur des Conseillers du Commerce Extérieur du
Comité Champagne-Ardenne
Luc Vigier, Maître de Conférences à l’Université de Poitiers
Christine Villeneuve, éditrice, Co-directrice des éditions des
femmes-Antoinette Fouque
Coraly Zahonero, comédienne, sociétaire de la Comédie-Française

Emission « Signes des temps » (30/10/22) sur le néo-vandalisme dans les musées

Le vendredi 14 octobre, à la National Gallery de Londres, deux militantes de Just Stop Oil ont jetés de la soupe à la tomate sur le tableau Les Tournesols de Van Gogh. Qu’est-ce qui a le plus de valeur : la vie, ou sa représentation ?

Avec

  • Isabelle Barbéris Maître de conférences-HDR en Arts du spectacle à l’université Paris 7 Denis Diderot et chercheuse associée au CNRS
  • Jean-Marc Adolphe, journaliste
  • Paul Ardenne critique d’art, historien de l’art, commissaire d’exposition et écrivain

Pour écouter l’émission en podcast:

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/signes-des-temps/le-vandalisme-vertueux-des-ecologistes-5684201

Actualité

Notre groupe de travail et de réflexion s’est réuni le 27 septembre.

Un manifeste en 10 points est en cours de rédaction, incluant points de vigilance et propositions universalistes en matière de parité, de diversité et de luttes contre les discriminations dans la culture. Parution avant la fin de l’année.

Nous préparons en tant que co-organisateurs une manifestation de soutien à Salman Rushdie et à la liberté artistique dans l’espace public, en 2023.

Nous apporterons concrètement notre soutien au projet de nomination d’un amphithéâtre Charb à la Sorbonne.

Prochaine réunion en décembre.

Pour nous rejoindre, ou tout simplement demander des informations et discuter : culture.universalisme@gmail.com

Salman Rushdie, Top Gun et la culture de l’oubli

Il y a sans doute bien des choses à analyser pour tenter de comprendre le mécanisme qui préside partout à l’effacement du terme « islamisme », effacement qui a largement dominé l’expression médiatique de la condamnation de la tentative d’assassinat qui a ciblé l’écrivain Salman Rushdie, le 12 août dernier. La tactique du politiquement correct, avec ses effets pervers de déréalisation, est sans doute la première en cause. Ne pas prononcer le mot par souci de ne pas offenser est bien entendu un « amalgame a priori » de l’Islam avec l’islamisme, ce qui est en soi une chose extrêmement grave, et pourtant devenue très banale.

Mais cet effacement révèle aussi l’amnésie de plus en plus accélérée des sociétés postmodernes, une amnésie qui n’est pas que circonstancielle. Elle semble au contraire faire partie du fonctionnement profond de l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, une Europe qui a déployé maints dispositifs intellectuels (la French theory, le postmodernisme), économiques (la société de consommation) et enfin médiatiques (les médias sociaux) pour agencer l’oubli et la perte de réflexivité après le désastre civilisationnel des deux guerres mondiales.

Désireuse de s’oublier, la vieille Europe a suivi les sirènes du modèle culturel nord-américain qui, grâce à son présentisme, à sa relation reconstruite et de synthèse à la mémoire et au passé, lui permettait de détourner le regard d’elle-même. Elle devenait le passé muséfié, mythifié et mystifié du nouvel Empire qui, tel l’ange de l’histoire de Benjamin, lui offrait un habit tout neuf la propulsant vers l’avenir. Elle a simultanément perdu l’aptitude de se nommer elle-même, et ipso facto, de nommer son histoire, qui n’en finissait pourtant pas de continuer, comme l’écrivait Samuel Beckett.

Ce mécanisme de dépossession de la mémoire et de la possibilité de nommer les évènements est à l’œuvre dans l’effacement du mot « islamisme » qui est une forme larvée de culture de l’oubli (« cancel culture »). Mon regard ancré dans l’analyse du spectacle ne peut s’empêcher d’y voir une forme de dérive en direction d’un rapport à l’histoire devenu hollywoodien, autrement dit reconstruit selon des schèmes imaginaires de synthèse. Car il appartient à la culture nord-américaine, et à son soft power impérialiste, digue la plus résistante de sa domination qui réside dans le pouvoir de fabrication des images et des récits, de ne pas nommer l’ennemi. L’imaginaire impérialiste ne nomme pas car l’impérialisme se vit seul contre le reste du monde. Il y a l’Empire, et il y a le reste du monde – et ce reste du monde, qui est en fait l’essentiel du monde, apparaît ainsi filtré sous les formes diffuses d’une masse indistincte.

Les blockbusters hollywoodiens répondent à cet agencement primaire et je voudrais prendre pour exemple les deux films Top Gun, qui sont des objets civilisationnels à cet égard très éloquents. Du premier Top Gun au second, Top Gun Maverick, nous assistons à la même épopée et à la même mise en gloire d’une Amérique triomphante qui survit non seulement aux attaques ennemies mais au temps. Mais ce n’est pas le point sur lequel je souhaite insister qui est le suivant. Aucun des deux volets ne nomme précisément l’ennemi de l’unité d’élite qui part au combat pour sauver l’humanité. Un esprit un peu averti y reconnaît bien sûr des allusions, dans le volet 1, à la Russie et à la Guerre froide. A l’Iran, dans le second. Mais c’est bien le caractère très allusif et diffus, historiquement glissant, de cette désignation qui fait système, d’un film à l’autre.

L’Empire est indifférent à la nature de son ennemi car ce qui lui importe n’est pas l’identification de sa nature, mais de sa position tactique. Cet effacement anhistorique de la nomination est à l’œuvre dans la plupart des fictions hollywoodiennes, films ou séries, qui mettent en scène le combat contre le Mal. La religiosité du schéma vient parachever le dispositif : le narratif nord-américain s’organise autour d’un axe Bien vs Mal qui, du fait même de sa mystique sous-jacente, rend difficile la nomination, et l’analyse qui lui est conséquente.

 La déréalisation du langage ainsi que de nos médiations symboliques est sans doute un effet lointain de notre ingurgitation de narratifs simplifiés et standardisés, rendant la nomination et l’exercice critique de plus en plus scabreux. Hormis ceux de Pap Ndiaye et d’Aurore Bergé qui ont pris en charge la nomination de l’acte réel, et non de sa schématisation hollywoodienne, tous les tweets des responsables politiques de l’arc républicain auraient ainsi pu se trouver digérés dans un épisode de 24 heures Chrono ou de Homeland.

Cette culture importée et tactique de l’oubli peut en partie expliquer que les bannières « Je suis Charlie » prennent désormais la poussière dans les placards des théâtres publics, et que le mot « islamisme » en soit quasiment banni.

Isabelle Barbéris

Madame la Ministre, nous avons besoin de mots clairs

Le malheur du monde se trouve tragiquement accru par l’attaque ignoble qui a frappé Salman Rushdie. Pourquoi donc y ajouter le fait de si mal nommer de quoi cet esprit libre est aujourd’hui la victime expiatoire ? Ce n’est pas n’importe quelle idéologie qui vient de s’en prendre à sa vie : il s’agit de l’islamisme. Ce n’est pas n’importe quel combat pour la liberté d’expression que celui qui nous oppose à l’islamisme et à sa barbarie rétrograde. C’est un combat contre une idéologie dont les victimes se comptent par milliers et qui frappe mortellement, en priorité les musulmans, les femmes, ainsi que les intellectuels, les artistes et les hommes libres. Nous revient dès lors une mission d’éveil et de résistance de premier rang. Entretenir ces fragiles foyers est du ressort d’un pays qui se prévaut d’incarner aux yeux du monde la liberté d’expression et de création.

Mais comment croire pleinement en une défense de la liberté d’expression quand les mots employés pour cette défense peinent à exprimer le réel, à nommer les choses de leur vrai nom ? Un tel combat ne saurait se payer de mots. Face aux attaques qui visent les figures les plus emblématiques de l’humanisme, le politiquement correct ne peut s’avérer que contre-productif et constitue un renoncement qui ne devrait avoir aucune place. Car c’est dans le monde terrifiant d’Orwell que l’on se contente de condamner « la haine », « la tyrannie », de manière vague et sans les définir. Défendre la liberté d’expression ne saurait se limiter à ces généralités de forme, car la liberté d’expression a besoin de mots précis pour s’exercer. Il n’y a plus de liberté d’expression dans un monde où l’on ne sait plus ce dont on parle. Et même si ce n’est pas l’intention, toutes ces déclarations vagues et flottantes semblent ignorer que ce qui est ici mortellement ciblé est plus que la liberté d’expression, c’est la liberté d’expression de ceux qui la protègent et la défendent, c’est donc sa condition même.

Ce drame ne s’est pas déroulé sur notre sol, mais faut-il rappeler avec quels courage et détermination Salman Rushdie se fit à travers le monde le porte-parole de Charlie Hebdo dont la rédaction venait d’être décimée ? On oublie aussi trop vite que la fatwa qui vise les Versets sataniques a déjà été responsable de dizaines de morts à travers le monde, en premier lieu des éditeurs et des traducteurs de ce texte récemment qualifié de « controversé » sur les antennes du service public. Madame la Ministre, nous voulons vous dire qu’il semble très loin le temps où les théâtres, les musées et les salles de concert françaises faisaient cause commune en affichant de grandes bannières « Je suis Charlie ». Les fières banderoles de jadis ont depuis longtemps été rangées dans des armoires où elles prennent la poussière. Cette disparition a trop souvent laissé place à des slogans et des discours qui trahissent leur mémoire.

Madame la Ministre, nous ne doutons nullement de votre attachement aux valeurs humanistes et universalistes, et nous attendons que votre tweet trouve son nécessaire complément dans des politiques culturelles courageuses. Et pour cela, nous avons désormais besoin de mots clairs.

Les rendez-vous de la rentrée 2022

Le groupe de réflexion Culture et universalisme proposera à l’automne 2022 une série d’actions en vue de faire avancer le débat en matière de politiques culturelles et artistiques, françaises et européennes:

  • le samedi 10 décembre 2022, des rencontres ouvertes au public sur le concept d’universalisme dans la culture réuniront artistes et chercheurs. Le lieu et le programme seront publiés à la rentrée.
  • La collection « Disputatio » dirigée par Sophie Nordmann et Mazarine Pingeot (éditions Mialet-Barrault) a confié une de leur controverse à Isabelle Barbéris et Alain Policar. Le livre, sous forme épistolaire, annoncé fin 2022, portera sur le multiculturalisme.
  • Des entretiens filmés sur le site, avec des artistes et des acteurs de la culture s’exprimant sur l’enjeu universaliste.
  • Un manifeste en faveur de l’universalisme dans les arts et la culture, qui contiendra aussi des pistes concrètes en matière de lutte universaliste contre les discriminations dans le secteur culturel.

Il est possible de rejoindre notre liste d’information en écrivant à culture.universalisme@gmail.com

Dans la hâte de ces échanges, un très bel été à tous.

Tribune du 22 avril 2022 parue dans Le Monde

Nous retranscrivons cette tribune de Culture et universalisme, avec sa liste de signataires, parue récemment sur le site du Monde.fr

Nous, artistes et acteurs du secteur culturel, tenons à lancer une alerte concernant la marginalisation des enjeux des arts et de la culture dans une campagne électorale qui a rendu spectaculaire l’incapacité politique à insuffler du sens aux politiques culturelles.

Nous pouvons sans complexe nous poser la question : existe-t-il encore une politique culturelle en France, ou même un désir de politique culturelle ?

Omniprésente, l’extrême-droite ne propose rien d’autre que le remplacement de la culture et de la création par un culte frelaté du passé, la réduction de la culture à un protectionnisme maladif, où domine non pas l’esprit de rencontre mais celui du « choc des civilisations »

Le peu de fois où le sujet est abordé dans les programmes, c’est de façon le plus souvent quantitative : toujours plus de numérique, plus de public, plus d’établissements, d’évènements… Mais quelle vision sous-tendent tous ces chiffres ? Telle est la vraie question. Un tel vide installe la désagréable sensation qu’il s’agirait d’abandonner l’art et la culture aux lois du marché, au divertissement, et peut-être aussi aux effets pervers de la Covid (culture à distance, représentations ou diffusion sur les plateformes), dans le secteur du cinéma mais aussi dans l’édition, dans l’audiovisuel… Dans le domaine de l’enseignement (musical, par exemple), beaucoup de conservatoires se voient évacués des structures nationales, renvoyés aux collectivités locales, bientôt au privé ?

Ce vide donne l’impression que le service public (comme ailleurs) se désengage, quand il ne se vassalise pas par rapport à des lobbys, souvent identitaires, pratiquant l’intimidation et la censure a priori, et qui semblent avoir pris le dessus sur toute vision d’intérêt général. De nouvelles pressions déplacent l’exigence artistique vers des conceptions consuméristes, prédigérées, régressives. Pourtant, si « avec la culture on ne mange pas… la culture ne se mange pas », écrivait Dario Fo !

 Et ces nouveaux critères tacites s’installent insidieusement dans nos têtes, voire dans certaines institutions culturelles. Il n’y a qu’à consulter les dossiers de demandes de subvention, où règnent à ce sujet le quantitatif et la déclaration d’intention.

Longtemps, on a cru qu’on pouvait s’adresser au ministère pour aider à promouvoir des spectacles ou des œuvres de création, d’expérimentation, de recherche, de dépassement. C’est de moins en moins vrai, tant aux principes qui avaient été développés et mis en œuvre dans notre pays jusqu’à il y a quelques années s’est substituée une forme de navigation à vue, de repli et de « pas de vagues ».

Bien sûr, ces créations nouvelles, modernes, ne sont pas toujours les plus rentables, mais justement, c’est le rôle du service public de les défendre. Si l’on compte sur le courage des programmations pour le faire, on risque d’être déçu.

Il ne s’agit évidemment pas de créer un « art officiel », mais d’aider un art authentique, c’est-à-dire qui cherche, qui bouscule, qui change les lignes, qui imagine vers l’avant, qui promeut le partage et la découverte plutôt que l’anathème. Beaucoup de jeunes artistes se sentent en ce moment très seuls.

Créons les conditions du développement d’un art libre qui est là où on ne l’attend pas. Redonnons un contenu à la création, un élan à la découverte de territoires artistiques vierges, tout en défendant les œuvres du passé contre la vindicte de la culture de l’effacement et du bannissement. Résistons à la commercialisation de l’art, sans être nostalgiques. L’art résistera toujours, car il est inscrit en l’homme. Le véritable artiste ne fera jamais ce qu’on lui demande de faire, ou ce que « l’officialité » quelle qu’elle soit lui demande de faire.

Nurith Aviv, réalisatrice

Isabelle Barbéris, universitaire, dramaturge

Abraham Bengio, Président de la commission Culture de la LICRA

Charles Berling, acteur et metteur en scène

Irène Bourdat, soprano, comédienne et universitaire

Xavier Bussy, compositeur

Morena Campani, réalisatrice

Belinda Cannone, écrivain, universitaire

Elise Capdenat, scénographe

Christophe Carrière, journaliste, auteur

John Caroll, éclairagiste scénographe

Patrice Caurier, metteur en scène

Serge Castelli, régisseur de spectacle vivant

Christiane Cohendy, comédienne

Claude Coste, universitaire

Serge Coste, professeur de conservatoire

David Christoffel, artiste, chercheur

Sylvie Debrun, comédienne

Anne Deschaintres, costumière

Muriel Delamotte, scénographe, designer costumes, enseignante

Jean-Philippe Domecq, écrivain, peintre

Olivier Dhénin, metteur en scène, écrivain

Camille Dugas, scénographe

Pascal Dumay, pianiste

Frédéric Durieux, compositeur

Jean-Max Dussert, clarinettiste

Véronique Fèvre, clarinettiste

Nathalie Feyt, comédienne, assistante à la mise en scène et professeur de théâtre

Christophe Fiat, écrivain, metteur en scène

Ami Flammer, violoniste, professeur au CNSMDP

François Frimat, philosophe, président du Festival Latitudes contemporaines

Gérald Garutti, écrivain et metteur en scène

Aline Girard, conservatrice générale des bibliothèques

Françoise Gomez, inspectrice d’académie honoraire Lettres-Théâtre, APTAR

Simonetta Greggio, romancière

Gérald Grünberg, comité français du programme Unesco Mémoire du monde

Marc Hajjar, chef d’orchestre

Frédéric Laroque, violon-solo de l’opéra national de Paris

Marie Le Garrec, chef décoratrice, chef costumière

Moshe Leiser, Metteur en scène

Éric Laugerias, comédien et metteur en scène

Antoine Leperlier, sculpteur

Anna Marcuzzi, directrice de médiathèques

Jean-Louis Martinelli, metteur en scène

Jean-Yves Masson, écrivain, éditeur, traducteur, universitaire

Michel Masson, peintre, sculpteur

Fabienne Maître, professeure

Marie-Madeleine Mervant-Roux, directrice de recherche émérite au CNRS

Jean-Marc Mojica, avocat

Philippe Morier-Genoud, acteur

Franck Neveu, Professeur des universités

Xavier North, Inspecteur général des affaires culturelles

Jacques Osinski, metteur en scène

Jean-Claude Pennetier, pianiste

Béatrice Picon-Vallin, directrice de recherche émérite au CNRS

Catherine Pietri, comédienne

Kledis Rexho, violoniste

Christian Robin, auteur, enseignant-chercheur à la retraite

Elie Semoun, humoriste, acteur, réalisateur

Jean-Pierre Sakoun, éditeur numérique

Benjamin Sire, compositeur, journaliste

Laurent Spielmann, directeur d’opéra, directeur artistique

Géraldine Sroussi, réalisatrice

Véronique Taquin, réalisatrice, écrivain, enseignante

Chantal Thomas, scénographe pour le théâtre et l’opéra

Jean-Claude van Dam, Conservateur général des bibliothèques

Nadine Vasseur, directrice de festival, auteur

Coraly Zahonero, sociétaire de la Comédie Française

Pauvre Beethoven…

Manuscrit autographe du Concerto pour piano n°5, 1809.

J’ai eu connaissance l’autre jour du dernier numéro de La lettre du musicien. Quelle merveille, il y a encore des choses qui changent dans notre pays.

Avant, ce journal était une revue tranquille qui ronronnait doucettement, avec de temps en temps quelques interviews ou articles de (demi) fond intéressants, mais quand même, globalement, une sorte de parution pour mélomanes fatigués, sans doute sincèrement amoureux de la musique, mais de façon très convenue.  Les numéros se suivaient et se ressemblaient étonnamment.

Souvent distribuée à la sortie des concerts, moins souvent lue, elle faisait partie des vieilles habitudes du milieu, comme le Debussy annonçant l’imminence du début des concerts à Pleyel, ou le thé toujours trop froid vendu pendant les entractes aux Champs Élysées.

Et puis, coup de tonnerre, coup de théâtre, changement radical (encore cette foutue radicalité…), la revue devient un journal « engagé », un peu comme si le Bulletin de l’amicale des collectionneurs de timbres devenait tout à coup une feuille « révolutionnaire ».

« Engagé », le mot magique des « Réveillés »

Mais attention, ne vous y trompez pas : le mot « engagé » n’a plus le même sens qu’il y a quelques années. Avant, on était engagé politiquement… ou pas. Puis on était engagé à droite ou à gauche, au centre, ou à l’extrême gauche, anarchiste, trotskiste etc… Maintenant, si l’on se déclare engagé, voire très engagé, cela ne peut vouloir dire que réveillé : réveillé contre le sexisme, le harcèlement sexuel, le racisme – certes, et même avec joie ! Mais pas n’importe comment, et sans systématisation, et sans pour autant « raciser », notion très ambiguë. Réveillé pour « décoloniser » la culture ? Cette notion très floue mène souvent à l’interdiction, et au développement d’une police de la culture visant les créateurs du passé, sans contextualisation historique, sans analyse politique. En fait, ce mouvement a remplacé le politique par une sorte de « victimarisation ». Il prend très rarement position sur le progrès social, l’égalité sociale, les migrants, les femmes afghanes, etc… Être « engagé » devient un absolu, qui consiste par exemple à se battre pour la diversité, de façon plus comptable que signifiante.).

Mais, pas d’équivoque, les causes de l’antisexisme, de l’antiracisme, etc., sont évidemment justes, et d’ailleurs pas nouvelles. Mais ces luttes sont menées dans une exaltation obsessionnelle, dans une convulsion dénonciatrice, dans le goût de la haine et de l’interdiction, dans le gadget et non dans la pensée, dans le symbolique et non dans le réel, dans le réflexe et non dans l’analyse, dans l’injonction et non dans le débat. Une telle dérive identitariste, considérant chacun pour son genre, sa religion ou sa couleur de peau, avant de le rencontrer comme être humain, sans réflexion politique plus générale, va tuer la culture et la création.

Non, ce qui précède n’est pas une façon de se décharger de nos responsabilités, ou de considérer que tout va bien. Au contraire, tout reste à faire, mais de façon efficace, réelle et non symbolique.

Pourquoi Beethoven ?

Excusez cette longue introduction, ce long plaidoyer, tous ces détours pour en revenir à Beethoven.

Dans le numéro de décembre 2021 de La lettre du musicien, un long article relate les attaques insistantes de Georges Denis contre Beethoven, encore lui, toujours lui. On pourrait attaquer Wagner, Saint Saëns, Vincent D’Indy, Florent Schmitt, Poulenc, mais non, encore et toujours Beethoven.

Alors pourquoi Beethoven ? Parce que c’était un génie ? Il est devenu le type même du colonialiste, le leader incontesté des compositeurs mâles blancs dominants, coupable, qui plus est, d’aller voir des prostituées !  Lui, le kantien, le rationaliste, l’amoureux de la Révolution française, qui s’est insurgé contre l’empereur en qui il mettait tant d’espoirs, mais celui-ci était devenu un conquérant dictateur (la symphonie « Buonaparte » devenue l’ « Héroïque », etc)…  Lui, dont la musique réveillerait  des morts, transformerait  une légion de bonnes sœurs endormies en bataillon révolutionnaire qui marcherait sur la capitale pour faire abolir les décrets scélérats  de Metternich ; lui qui refuse de s’écarter devant l’Empereur au Prater alors que Goethe se prosterne comme un valet en se rangeant de côté pour laisser passer le prince ; lui dont l’écriture, la syntaxe musicale, les audaces harmoniques des derniers quatuors font faire un bond de plus de cent ans à la musique, lui dont les silences font parfois déjà penser à John Cage.

Oui, mesdames et messieurs, Beethoven était un vrai progressiste, dans son œuvre autant que dans sa vie. On l’appelait le « carbonaro », du nom des révolutionnaires prussiens de l’époque, les « carbonari », les têtes brûlées. C’était un babouviste (Gracchus Babeuf). Sans sa renommée, il serait sans doute allé en prison plusieurs fois et, à sa mort, la police attendait à sa porte pour confisquer immédiatement tous ses livres afin de vérifier leur contenu, suspectés qu’ils étaient d’être subversifs et surtout irrévérencieux envers la religion.

Un révisionnisme qui date

Alors pourquoi Beethoven ?

Le pauvre, depuis sa mort, a toujours été attaqué ou récupéré par tout le monde : les nationalistes allemands, les internationalistes, les wagnériens, les classiques, les modernes, les socialistes, les bolcheviks, les nazis, les religieux, les libres penseurs, les publicitaires, et même l’Europe qui  fit  de sa neuvième symphonie son hymne après l’avoir fait arranger par un allié des nazis, le maestro Karajan (Herbert  Von… alors  que Beethoven, lui, n’était que Van… d’origine flamande). La famille Karajan touche encore des droits sur ce pseudo arrangement qui ne fait que retirer le chœur (lire à ce sujet le livre d’Esteban Buch, La Neuvième de Beethoven, une histoire politique).

Et maintenant, dernière attaque en date, si folle, celle de nos Réveillés, décolonialistes, « racisistes », etc. Imaginez la victoire : si Beethoven devient suspect, en effet, tout le monde peut l’être, le pouvoir « réveilliste » d’incrimination devient illimité. Sauf que c’est à double tranchant car on sait aussi que « tout le monde » équivaut bien souvent à « personne ».

Savez-vous que Beethoven était, pour de bon, un antiraciste engagé ; entre autres, il a défendu l’ami Mosheles Ignaz, compositeur juif anglais, qui avait contribué à faire connaître sa musique en Angleterre et qui, venant lui-même défendre et faire jouer sa musique en Allemagne, s’est vu attaqué de toutes parts par la critique sur le thème : « Un juif ne peut prétendre atteindre l’esprit profond de la grande musique. » Beethoven lui fit don de son plus beau piano (l’équivalent d’un Steinway, de nos jours), officiellement et en l’annonçant publiquement. Mais pardon, j’avais oublié, l’antisémitisme n’est pas un racisme…

Comme je le suggérais tout à l’heure, il semblerait que nos Réveillés ne s’attaquent qu’aux gens progressistes, aux antiracistes, parce que ce qui compte pour eux est de faire semblant de l’être encore plus que les autres, et de faire croire que rien ne se serait passé avant eux. Comme les nouveaux convertis. Veulent-ils un monopole ?

Falsification

Maintenant, venons-en enfin au cœur de ce qui m’a fait bondir et prendre le stylo. Hé oui, parce que, comme dans la musique, les choses centrales ne sont pas forcément les plus longues. On peut penser ce qu’on l’on veut, surtout si l’on argumente, mais on n’a pas le droit de mentir. Or, ce que est dit dans cet article à propos de la fameuse histoire sur la « Sonate à Kreutzer », sa neuvième sonate pour violon et piano, est totalement faux ; c’est une réécriture de l’histoire.

Beethoven était très ami avec un grand violoniste de l’époque, un enfant prodige extrêmement doué, qui était mulâtre. Il s’appelait Bridgetower. Il avait 24 ans. Beethoven avait beaucoup de mal avec cette sonate (comme souvent). Il était aussi en contact avec la star violoniste de l’époque : Léopold Kreutzer, qui aimait sans doute moins sincèrement la musique de Beethoven que Bridgetower, mais qui était déjà une sommité confirmée et un vieil ami de Beethoven. Kreutzer trouvait le final (3ème mouvement) trop difficile. C’était un homme assez académique, un très grand pédagogue (on travaille encore sur ses exercices et ses études de nos jours), mais assez effrayé par les « nouveautés » de Beethoven.

Le jour de la création approchait. Devant les réticences de Kreutzer, on décida finalement que ce serait Bridgetower qui jouerait à la première. II se plaignait, car Beethoven ne terminait toujours pas ce fameux final et donc, malgré ses dons exceptionnels, il était de plus en plus inquiet. Il lui fallait quand même un peu de temps pour venir à bout de ces difficultés et être prêt pour le concert !

En tout cas, le « grand » Kreutzer refusait de jouer cette sonate qu’il trouvait « inintelligible » (c’était réellement très nouveau pour l’époque). On s’orientait donc vers une dédicace à Bridgetower.

Là, deux versions s’opposent. Les deux amis étaient apparemment émus par la même femme qui finit par céder aux avances de Bridgetower, préféré à Beethoven. Autre version plus vraisemblable, le jeune prodige aurait émis des critiques musicales sur une chanteuse dont Beethoven était très épris, et celui-ci l’aurait pris très mal. En tout cas, et sans doute en conséquence de cette brouille sentimentale passagère, après laquelle ils redevinrent d’ailleurs aussi amis qu’auparavant, cette fameuse et sublime sonate fut finalement dédiée à Kreutzer, qui ne la joua pourtant jamais, et publiée chez l’éditeur habituel de Beethoven, Simrock.

Or, voyons à présent la version de notre nouveau journal révolutionnaire. Beethoven, qui pourtant laissa faire la création à Bridgetower, lui aurait retiré la dédicace, et bien sûr parce ce que ce dernier était noir… ! Et voilà, la boucle est bouclée. Le soi-disant génie n’était qu’un raciste, comme presque tous les compositeurs blancs. En puis, encore une fois, il allait voir des prostituées…

C’est pitoyable !

Ne refaisons pas l’histoire… Elle est bien souvent déjà assez triste comme ça.

P. S : Écoutez la cavatine du 13e quatuor par le quatuor Vegh ou le quatuor de Budapest. Je ne dis pas qu’un génie est à l’abri des turpitudes, mais sans doute, à la fin de l’écoute, vous ne serez plus tout à fait le même et votre pensée cheminera autrement, sans haine… mais avec une révolte intérieure puissante et combative.

Ami Flammer