Alcool et vérité : pourquoi la boisson dévoile-t-elle nos secrets ?

« De la bouche des enfants vient la vérité ». Mais parfois, de la bouche des ivrognes aussi. Car pour beaucoup, l’alcool a cette réputation de débrider la parole et d’encourager la confidence. Pourquoi donc  ? Quelles raisons psychologiques et physiologiques nous poussent à dévoiler secrets et mensonges lorsque nous avons trop bu  ?

Une action de l’alcool sur le cerveau qui affecte notre contrôle

L’alcool agit en priorité sur le système nerveux central, et plus spécifiquement sur les zones du cerveau liées à la prise de décision, au contrôle des impulsions et à la régulation des émotions. Dès les premiers verres, il ralentit l’activité cérébrale du cortex préfrontal, là où se situe normalement notre capacité à analyser une situation, à peser le pour et le contre avant d’agir ou de parler. La disparition de ce filtre mental est une des principales raisons pour lesquelles on se sent souvent plus détendu et moins enclin à l’autocensure quand on a bu.

En diminuant l’inhibition, l’alcool crée un sentiment d’allègement des contraintes sociales. On ose plus, on ne porte pas autant de jugement sur nos paroles ou nos actes. C’est ce qu’on appelle la désinhibition, qui peut s’accompagner d’une très trompeuse mais très réelle sensation de toute-puissance ou d’invulnérabilité. Les filtres sociaux s’effacent, laissant place à des propos et comportements qu’on aurait pourtant réprimés avec soin dans un état normal.

Plus on boit, moins on est capable d’anticiper les conséquences de ses actes. Le cerveau perd sa mémoire de travail qui lui permettait de garder à l’esprit les normes sociales et les attentes en matière de comportement. Résultat  : l’alcool pousse bien souvent à partager des pensées ou des souvenirs qu’on aurait aimé oublier tout simplement parce que le cerveau n’est plus aussi vigilant.

Pourquoi l’alcool est un bon révélateur de secrets et de sincérité

Ce lâcher-prise des inhibitions ne se traduit pas seulement par une plus grande facilité à évoluer sur le plan social, mais également par une sincérité accrue. L’alcool agit comme un « sérum de vérité » (même si c’est loin d’être parfait) : il n’empêche pas de mentir, mais rend plus difficile le contrôle de ce que l’on dit. Les émotions, les frustrations ou les désirs enfouis sont plus facilement libérés. Ainsi, une remarque anodine peut soudainement se transformer en confidence inattendue (ou même en révélation d’un secret personnel).

La convivialité qui accompagne souvent la consommation d’alcool entre amis joue aussi un rôle. Lorsque l’on partage un verre entre amis ou proches, le cadre est déjà idéal pour la confession. L’ambiance festive et décontractée, la sensation d’intimité et de complicité créent un climat où l’on se sent en sécurité pour se dévoiler. L’alcool n’est alors qu’un agent facilitateur, permettant une parole moins contrôlée et plus authentique.

Il arrive de temps en temps que cette « vérité alcoolisée » soit exagérée ou déformée par la perte de repères. En effet, l’alcool ne fait pas disparaître totalement le filtre social (qui est directement lié à notre personnalité), mais le fragilise suffisamment pour que l’on prenne des libertés avec sa propre version des faits. Cette tendance à la confession (un peu forcée) est la raison principale qui explique pourquoi tant de secrets sont révélés lors des soirées arrosées.

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Les conséquences de la « vérité alcoolisée » sur le plan social et personnel

Si avouer la vérité à une personne peut parfois apporter du soulagement, les conséquences de la « vérité alcoolisée » sont généralement plus nuancées et variées. Outre l’effet émotionnel immédiat, ces vérités peuvent avoir des répercussions à long terme, aussi bien sur les relations que sur l’image qu’on a de soi. Voici quelques effets courants :

  • la destruction de la confiance – qu’un secret ait été révélé ou qu’une critique soit tombée sans filtre, une relation précieuse peut être brisée ;
  • la stigmatisation – certaines personnes ou comportements peuvent être étiquetés et être vus différemment par l’entourage ;
  • le malentendu – une vérité à moitié dite ou mal interprétée parce que prononcée alcoolisée peut créer des tensions inutiles ;
  • l’effet cathartique – pour certains, un trop plein d’émotions refoulées mis en mots permet une libération psychologique salvatrice ;
  • la révélation soudaine – l’alcool permet parfois d’accéder à des vérités personnelles difficiles à avouer sans lui ;
  • le risque d’isolement – la honte ou la culpabilité ressenties après une révélation peuvent pousser à s’éloigner des autres.

Loin d’être inoffensive, la « vérité alcoolisée » agit comme un révélateur puissant mais imprévisible. Elle peut annoncer une guérison comme elle peut déchirer des liens pour longtemps. En prenant conscience de ses effets, on peut espérer aborder ces situations avec plus de prudence et d’empathie. Il est important de garder en tête que chaque personne réagit différemment face à cette forme de sincérité exacerbée.

By C&U